lundi 21 janvier 2019

KHABSA.... un film qui tient ses promesses


Un film libanais dites-vous? Pire encore! Une comédie libanaise?? non non merci je passe! 
Eh ben non... pour une fois les amis ne passez pas... arrêtez-vous et regarder cette comédie libanaise.

Pour la majeure partie des Libanais, Shady Hanna, le réalisateur de Khabsa, sera toujours intimement lié au programme satirique de notre jeunesse SLCHI. Et c'est vrai.... Dans un temps d'occupation syrienne, de reconstruction et de difficultés sur difficultés, Shady Hanna a su s'imposer dans tous les foyers libanais, toutes communautés comprises, toutes confessions comprises, toutes classes comprises et toutes espèces comprises, (je dis ca parce que lorsque je prononce le nom Shady Hanna mon chien remue la queue allez savoir....) 

Bref, le nom de ce réalisateur est lié à nos fous rires de jeunesse et nos espoirs incarnés en sourires puis... trahis... par nous-mêmes, nos pairs et nos élus.

Aujourd'hui, Shady Hanna nous revient avec une comédie incroyable. Oui.... incroyable car elle tient toutes ses promesses, elle ne nous vend pas des châteaux en Espagne ni nous fait miroiter des avenirs scintillants mais inaccessibles. Ce n'est point un film prétentieux. Au contraire il est bien écrit, léger, concentré, il ne se disperse pas. La narration est ficelée, les quiproquos bien construits et les thématiques soulevées réalistes, issus de notre quotidien. C'est un film efficace tout bonnement. 

Une comédie qui réunit tous les ingrédients du rire. Un film commercial de qualité, destiné à tout le monde, qui respecte les lois de la comédie, qui nous offre une excellente direction d'acteurs, des dialogues de haut vol, libanais, ancrés dans le réalité, contemporains et représentant une grande partie des libanais. 

Les personnages sont étudiés. Clairs. Egaux à eux-mêmes. Ils ne sont ni "clichéesques", ni symboliques ni naïvement représentatifs. Pour la première fois, ils sont juste des personnages de comédie.

Oui, un auteur et un réalisateur doivent faire des choix. Leur personnage ne peut pas être tout le monde. Il doit avoir ses caractéristiques, une tranche populaire, économique, intellectuelle auxquelles appartenir.  

Ce n'est pas combien lisse est le personnage qui rend l'identification possible. C'est le traitement de la dramaturgie et de la narration et qu'on le veuille ou non, Khabsa encore une fois, tient ses promesses. 

Sans forcer le ton, les messages et la moralité sociale ou autre de l'histoire, le film soulève quand même des questions actuelles mais surtout des rires contagieux. Ce rire nous fait considérer le sérieux des situations entre lesquelles surfent les personnages, des problèmes générationnels, sexuels, sociaux, intellectuels et économiques. 


Tous les films ont le droit d'exister. Néanmoins nous ne sommes pas obligés de tous les aimer, les encenser ou les apprécier. Ce film là est une vraie bouffée d'air frais rehaussé par la performance hilarante de Junaid Zeineldine, la simplicité de Roula Beksmati incarnant parfaitement la "girl next door", la révélation de Abboudy Mallah, mais où étais-tu caché Abboudy? Il faut jouer maintenant!
Aussi, l'intervention de Matteo el Khodr est d'un pittoresque incroyable! Ce rôle était pour lui, c'est sûr! Quant aux autres acteurs, ils ont aussi su imposer leur présence et leur jeu malgré le rôle secondaire et mine de rien, leur talent fait de ce film un film réussi. Chaque personnage est une pierre angulaire dans la construction narrative.  Je cite Tony Benn, Rita El Khoury et Tanya Nasr.

Quant à la musique par exemple, le réalisateur a fait appel à un artiste local ce qui est tout à son honneur. Des talents nous en avons, le problème c'est qu'on ne leur donne pas assez de chances! Mike Massy en collaboration avec Nami Moukhaiber pour les paroles signe la bande son de sa voix pop et romantique. Finalement, l'image est mise en les mains expertes de Johnny Abi Farès, Un chef opérateur de talent au cv long comme un bras et à l'expérience riche. Je sais de quoi je parle, lorsque j'étais encore étudiante, j'ai eu la chance de travailler avec lui sur plusieurs projets et au delà de son talent, il est un chef opérateur généreux qui forme et éduque.

Allez voir Khabsa, C'est rare qu'on ait des comédies libanaises interéssantes et franches. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler les rebondissements mais quand le générique de fin s'est déroulé, on s'est regardé avec mon mari et on a très bien su de quoi on avait envie en rentrant à la maison... du thé bien sûr! Quels esprits mal tournés franchement :-)










mercredi 9 janvier 2019

TERMES DU DIVORCE ET ARRANGEMENTS


Elle s'appelle Norma et elle est la cause du divorce. Elle n'est pas la première à vouloir torpiller le parfait amour du couple. Avant elle il y eut Alexa et plein d'autres vilaines. 
En ce début de 2019, l'amour passion va mal. Les deux parties ne s'écoutent plus, elles délirent, elle se déchainent, elles balbutient, elles hallucinent. 
Pour la première fois aussi, une femme arrive à semer la zizanie entre deux masculins.... Mais qu'est ce qu'elle est forte cette Norma. Si fatale! Une vraie bombe! A faire "Pâlir tous les marquis de Sade" comme disait l'autre. (Michel Sardou)
En ce début de 2019, la séparation est annoncée, le mariage est menacé, les comptes sont à régler. 
Lequel des partenaires va-t-il trinquer? Lequel va-t-il payer une pension alimentaire et lequel aura-t-il le droit de garde?

Oui... c'est la tempête dans le couple. Mais le tribunal jugera-t-il l'un ou l'autre coupable?
Entre l'Etat et le peuple plus rien ne va.
L'amour est mort et ne reste que le ressentiment d'une passion sacrifiée sur le bûcher de la corruption. Ses cendres ne sont pas encore froides que le deuil est fini.

Qu'a du donc ressentir Agamemnon lorsqu'il escorta sa fille Iphigénie vers le bûcher? De la Haine? Certes pas, Agamemnon aimait sa fille. Du courage? Non plus. Il devait être mort de peur.
La seule raison qui l'eut poussé à la folie de ce geste est la démesure. Oui, sa foi aveugle en les Dieux et sa soif de venger son frère étaient plus grandes que l'amour qu'il avait pour sa fille.

Nous avons deux versions pour cette tragédie. L'une qui confirme que la Déesse Athena prit pitié de la pauvre Iphigénie et la remplaça à la dernière minute par une biche. L'autre confirme le contraire, le sacrifice de la pauvre Iphigénie. Cette mort gratuite et violente au nom des guerres, du gain et de la vengeance finira par se retourner contre Agamemnon. Sa femme ne lui pardonnera jamais le sacrifice de leur enfant et le tuera. 

Que se passera-t-il dans le feuilleton tragique de l'histoire d'amour entre le peuple libanais et son état?

Qui paiera pour les pots cassés?

Le peuple grogne. Le peuple en appelle à la justice. Il en veut à l'état de ne pas s'être occupé de lui; de l'avoir négligé au détriment de diverses maitresses et amants: La corruption, le chômage, la négligence, le mensonge et la trahison.
l'Etat ne peut pas grogner puisque le peuple ne peut l'avoir outragé de la même manière. Néanmoins, il peut utiliser comme ligne de défense l'apathie de son peuple. Oui, l'Etat peut invoquer la frigidité des ébats, il peut en avoir assez de la fatigue apparente sur les traits de son peuple. Ce n'est pas séduisant. Ce n'est pas beau. Il pourrait bien prétexter ce désir dormant pour aller voir ailleurs.

Les voeux du mariage sont si beaux quand ils sont dits pour la première fois devant la loi et devant Dieu. Je promets de t'aimer et de te chérir dans le bon et le mauvais jusqu'à ce que la mort nous sépare. Mais entre le mariage et la mort, tellement d'obstacles se dressent!

le 22 novembre 1943, date du mariage de l'Etat Libanais avec son peuple est une date que nous célébrons encore avec de moins en moins de conviction. On la célèbre parce que c'est écrit sur le papier. Parce que ca nous donne l'illusion que tout cela tient encore. On rafistole les coeurs brisés. On se dit, allez, célébrons le passé, la nostalgie et l'anniversaire d'un jour qui fut heureux, plein de promesses et qui peine à tenir ses promesses et sa joie.

La famille de ce couple est complètement désarticulée. Les enfants cohabitent mais ne s'entendent pas. Ils s'allient puis se désavouent selon les intérêts des uns et des autres. Une famille désunie dont certains membres souffrent de déficits mentaux ou de problèmes psychiques. Dont certains membres sont beaucoup plus riches que d'autres et d'autres beaucoup plus défavorisés que certains. C'est à en créer des tensions au sein de la famille! Tant d'injustice alors que tous sont les enfants de mêmes parents.

Le mystère de la réussite d'un couple ou de ses échecs tient à si peu de choses. Mais que peuvent une centaine de dirigeants devant leurs trois millions et demi d'enfants? Ils vont leur tirer dessus et les tuer tous?

Lorsque les enfants s'unissent pour faire face aux parents abusifs, ils ne peuvent que gagner. Il faut tuer le père selon la psychanalyse. Tuer le père pour devenir un homme. C'est figuratif et symbolique mais c'est initiatique. Nos pères ont tué le leur en obtenant la protection du mandat français. Ils ont donc tué le père Ottoman. Puis leurs enfants ont tué leur père Français pour obtenir leur indépendance.

Aujourd'hui il ne nous faut pas attendre une femme fatale au noms multiples qui ravage notre pays pour décider de s'unir. Depuis le dernier patricide symbolique, nous avons eu une guerre civile de 15 ans, une occupation de l'armée syrienne de 15 ans. Puis une révolution populaire qui a mené au départ des troupes syriennes mais qui n'a pas réussi à créer un état de droit égalitaire et moderne. Se sont succédés des gouvernements de marionettes et des républiques bananières qui nous ont mené à notre réalité aujourd'hui: Un taux de chômage de plus de 51%. Des compagnies qui déposent le bilan par milliers. Une situation écologique et sanitaire dramatique. Des enfants et des citoyens qui meurent devant les portes des hôpitaux et une classe politique pleine aux as qui regarde tomber la neige par la fenêtre de leurs chalets cossus dans les montagnes libanaises où la chute des neiges ressemble à un film américain de Noel mais à quelques kilomètres de là, ca prend plutôt la forme d'une catastrophe humanitaire que ce soit au dépends des libanais ou des réfugiés syriens.

Des réfugiés qu'on peine à renvoyer chez eux en zones sécuritaires. Des réfugiés dont on ne veut pas mais dont on ne peut se détourner.

Des libanais qui voient en trois jours leur infrastructure nationale tomber en lambeaux et qui se demandent où sont passés les millions débloqués pour moderniser cette infrastructure? Des libanais qui aussi, n'ayant rien appris d'autre que la corruption, construisent leur habitations n'importe où et n'importe comment, ignorant toutes normes de sécurité, empilant illégalement pierre sur pierre de la manière la plus économique et la loin sécuritaire possible mais qui se demandent pourquoi leurs maisons sont inondées? Ou des libanais qui jettent leurs ordures par les fenêtres de leurs voitures et qui s'indignent quand cette même ordure bouche les tuyaux d'évacuation de l'eau.... ou les représentants de l'ordre qui ne collent pas aux citoyens des contraventions pour non respect de la propreté de la voie publique...

Des libanais qui chaque 4 ans votent pour les mêmes députés, qui voteront pour les mêmes ministres, ça si jamais ils arrivent à former un gouvernement.

Oui... les enfants sont souvent la victime des problèmes parentaux mais les enfants grandissent. Ils deviennent adultes et responsables et ont la légitimité de se détacher de la crise amoureuse de leur parents et de revendiquer une autre vie pour eux. Ils auront le choix de reprendre le schéma parental par association ou de créer un tout nouveau schéma, une nouvelle dynamique, afin de ne jamais vivre ce que leurs parents on vécu et ce que leur parents leur ont infligé.

Trois millions et demi de libanais... une centaine de dirigeants... Mais je rêve bien sûr, je fantasme. Chaque groupement vit son propre syndrome de Stockholm. Chaque groupe est viscéralement attaché à son bourreau puisque c'est la seule manière, croit-il, de survivre.

Quelle tristesse..... Le peuple alors se réfugie dans son sens noir de l'humour. Et si ne reste à un peuple qu'une immense propension à la dérision et l'auto dérision c'est que l'heure est grave. Elle est grave.
Et les seuls qui trinquent sont les enfants. Les enfants que nous sommes et les enfants que nous allons avoir. On le sait, l'éducation commence à la maison, dans la famille, au foyer mais notre famille est au bord du suicide marital, du divorce violent, ou de l'arrangement hypocrite, le pire du pire. Alors on blague.... et dans quelques années, nos enfants hériteront d'un pays encore plus malade, encore plus nécrosé et nous ne pourrons rien mais rien leur dire du tout. Nous devrions baisser la tête honteux et les voir partir comme la majeure partie de nous sont partis.

Les seuls valeureux de toute cette histoire sont ceux dont on parle le moins... l'armée libanaise, les bénévoles de la Croix Rouge libanaise et les membres de la défense civile libanaise.

Le soleil vient de se lever sur le Liban.  Norma est passée. Elle a semé la zizanie dans le couple Etat/peuple. Qu'allons nous faire maintenant? Prendre le taureau par les cornes une fois pour toutes ou comme d'habitude nous shooter une dose d'amnésie et d'hypocrisie?


A suivre...