dimanche 28 octobre 2018

O BELLA CIAO DEL CASA DE PAPEL




Je n'ai pas vu un braquage. Ni des histoires d'amour. J'y avais vu une histoire de société. Un intention de traiter un sujet délicat qui est la crise économique mondiale par un un moyen fort.
Effectivement si les gouvernements nous volent et nous font subir une mondialisation et un libéralisme suffocants, on va voler les gouvernements, néanmoins, sans voler le peuple. Comment? Eh bien, en prenant en otage la banque centrale et.... créant de nouveaux billets non numérotés, intraçables et ne menaçant en rien l'équilibre monétaire national puisque les billets existants ne seront pas volés. Voilà la vraie histoire de la Casa De Papel, la nouvelle série culte espagnole faisant le buzz mondial et soulevant des reportages et des commentaires plus plats les uns que les autres.

La Casa De Papel est l'histoire d'une lutte moderne contre l'impérialisme de l'argent. El Professor et sa brigade est le Che Guevara de l'Espagne contemporaine tentant de réussir un coup d'état unique. Différent que celui des années Che bien sûr mais bel et bien révolutionnaire... selon la configuration socio-politique du moment. 
Il va créer et former une milice dont la plupart des membres sont des oubliés ou des victimes du système social, éducatif et économique. 

Tout le reste, histoires d'amour, braquage et techniques narratives ne sont là que pour faire de ce fantasme de lutte moderne, une bonne série. Une série intense, bien menée, attachante car émotive. Pour moi, l'émotion découlait du fait révolutionnaire, une forme de gauche sociale nouvelle qui comme toutes les révolutions aura ses hauts et ses bas et qui finit comme dans un rêve fantasmé de tout révolutionnaire.  

Les protagonistes sont confinés dans un huis-clos mental et physique où se succèdent tous les états; de l'euphorie à l'espoir, au désespoir, à l'abattement, aux idéaux, aux doutes etc.

Sans vouloir spoiler les moments forts de la série, mais l'utilisation de Bella Ciao l'hymne des partisans italiens qui fut créé et entonné pour combattre le fascisme, est une pierre fondatrice de cette série. Le moment où on entend la chanson pour la première est un moment charnière de la croisade d'El professor contre l'injustice.

La Casa De Papel nous rappelle que souvent au dessus de nos tête nous abrite des maisons en papier, quel que soit le symbole de ce papier: monétaire ou social, psychique ou éducatif.

Toute révolution a commencé par un génie issue d'une tranche sociale éduquée qui embrigade un peuple acculé. Et La Casa De papel ne déroge pas à ce schéma. El professeur est la tête pensante de la révolution. Il a son lieutenant, dont le profil lui ressemble mais dont le parcours est plus tortueux et qui le rend plus acide, plus désabusé; puis il y a le peuple qui suit, embrasé par des rêves de richesse, d'égalité, de liberté et tous affrontent ce qui représente l'oppression donc la police et plus encore l'Etat.

Il n'y a pas de méchants ou de gentils. Il y a des plus méchants et plus gentils et des moins méchants et des moins gentils. Il y a une panoplie de réactions humaines variant du pire au meilleur et ressentis par tous les protagonistes, du côté des révolutionnaires soient-ils ou de la loi. 


J'ai vu cette série quand elle est sortie et avant le succès planétaire qu'elle a récoltée. Mais lorsqu'elle devint mondialement connue, je suis tombée sur plein de reportages retraçant la montée vers les sommets comme par exemple un reportage sur TF1 ou autre chaînes du même genre et ça m'a un peu choquée. Est-ce moi qui avait mal analysé les fondements de la série ou est-ce le monde médiatique qui s'est juste accroché à sa surface?

La Casa de Papel n'est pas juste une histoire de braquage et d'amour loin de là et ca me fait bizarre même si ca ne me surprend pas qu'elle soit devenue une attraction touristique. Tout comme le Che est devenu une effigie sur des cendriers ou des briquets, le costume des militants de La Casa De Papel sont devenus des déguisements pour les soirées. Il y a même une attraction touristique où les visiteurs peuvent revivre le moment de la prise d'otages. 

Quant à Bella Ciao, elle devint un hit des boîtes de nuit, détournée par des artistes qui, je ne sais s'ils ont jamais compris ou lu les paroles ou appris l'Histoire autour de ce chant. Avec toute la bonne volonté du monde, je n'ai jamais pu danser sur ce son là. Mon mari excédé me dit: "C'est comme ça, la jeunesse s'approprie les choses et les fait siennes.: Mais ca ne me convainc pas. Si aujourd'hui on danse sur Bella Ciao dans les soirées mondaines et alcoolisées où s'habiller est plus important qu'être, demain, que feraient-on? Mais il a peut-être raison, c'est moi qui suis trop sérieuse et désabusée de l'échec de toutes ces révolutions. 

Mais ainsi va le monde apparemment. Nous rêvons, nous nourrissons projets et idéologies, soit on meurt, soit on se rend, soit on se refuge dans un déni fantasmagorique mais jamais on ne gagne vraiment, totalement. C'est comme ça. 

La révolution forme mais le système fleurit. Pour faire sa révolution on doit apprendre le système, détourner le système, contourner le système, commencer dans sa maison, sa famille, ses amis, son immeuble, sa rue puis son quartier et parfois on peut aller plus loin. 

Je ne vous dévoilerais pas la fin des deux parties de la Casa De Papel mais ne pensez pas qu'elle soit simpliste. Au contraire elle est très ingénieuse.







https://www.youtube.com/watch?v=4CI3lhyNKfo










lundi 22 octobre 2018

LE KLAXON SAUVE QUI PEUT


Je suis née en 1980.  Je suis donc, théoriquement, une enfant de la guerre civile. Vous imaginez ce qu'a du être notre enfance, trimballés de refuge en refuge, de ville en ville, de combats en cessez-le feu et j'en passe.
Et pourtant, jusqu'à il y a quelques jours, je croyais que, logiquement, ca devait être l'expérience la plus traumatisante de ma vie de libanaise.
Eh bien non! Désolée mon psy et ma thérapeute pour toutes les années de travail acharné afin de sonder les eaux troubles de mon âme, mais le traumatisme de l'enfant de guerre est très has been et s'est finalement réglé en quelques coups de klaxons...

Eh oui! 

Le plus grand traumatisme de ma vie de libanaise est en somme d'avoir été privée de mon klaxon pendant trois jours. Trois longs, fastidieux, interminables jours sans klaxon...

Oui... la vie peut être dure des fois. Comment se garer sans klaxon? Comment éviter qu'une voiture sortant d'une petite rue sans que le chauffeur ne regarde à droite et à gauche ne vous rentre dedans? Comment attirer l'attention d'un camionneur pris par son whatsapp qu'il vire dangereusement à gauche sur l'autoroute du Metn El Sari3 alors qu'on essaie de le doubler? Comment réveiller les conducteurs qui regardent Youtube alors que le feu est passé au vert? Ceux qui doublent à droite, ou ceux qui s'arrêtent sans mettre le clignotant? 
Comment faire signe au type qui entre en trombe en contresens dans les ruelles de Badaro?
Comment avertir les motards sans casques, les passants dans leurs téléphones, les bimbos en marche arrière, les tocards, les fous, les insensés, les imprudents?

J'avais oublié a quel point le klaxon au Liban est important. Plus important que les freins, que les rétroviseurs et la radio. Il est vital! Il nous protege contre tous ceux qui conduisent en pensant qu'ils sont dans un jeu vidéo. Il aussi indispensable que la ceinture de la sécurité.

Sinon comment se protéger contre les attaques par un pare choc dément ou une roue effrénée ou une portière mortelle ou n'importe quoi d'autre?

Durant ces trois jours j'ai eu les pires frayeurs de ma vie. Je n'ai jamais été aussi stressée au volant. J'avais l'impression de détourné une loi indéniable du code de la route alors que franchement l'utilisation du klaxon n'est pas ce qu'on apprend en premier.

Ce matin je me suis prise à penser que j'aime mon klaxon. son insupportable son est cher a mon coeur car je n'ai pas envie de mourir dans un accident de la route a cause de l'inconsciences des chauffards libanais.
C'est triste d'avoir parfois sa vie tenant a un fil par un klaxon. J'ai eu des sueurs froides et chaudes. J'ai migraines, des céphalées, des tachycardies et des crises d'anxiété. J'ai aussi développé un geste compulsif de klaxonner dans le vide. Bref, j'avais l'air d'une pauvre âme hystérique et affolée.
Le klaxon, nous ne sommes meme pas supposés l'utiliser que dans les cas extremes et inévitables. Et pourtant, pas un libanais ne klaxonne au moins une centaine de fois par jour. Ca fait beaucoup de klaxons multipliés par les habitants de ce pays en age de conduire. Ca fait beaucoup de pollution sonore, de stress, de nervosité mais la mort ne vaut pas mieux alors on klaxonne et on se dit pareil pour les déchets et la crise des déchets. On va en mourir mais pour l'instant on n'en meurt pas encore alors on va se convaincre que ca ira bien. Non ca n'ira pas bien. Un pays qui klaxonne encore si souvent est un pays qui n'est pas prêt a gérer aucune de ses crises, puisque le citoyen agit sans responsabilité et que l'Etat agit sans fermeté.

J'ai récupéré mon klaxon avec soulagement. Mais pas ma bonne humeur positive quant au respect du code de la route ou de la déontologie conductrice.
Mais bon, un klaxon c'est mieux que rien parce que mon chien lui ne remarque rien! C'est le pire des co pilotes. Je voudrais pouvoir l'emmener partout avec moi sans risques d'accident car lui, tout ce qu'il veut, c'est faire des promenades et respirer l'air (pas très) frais!











vendredi 19 octobre 2018

QU'EN EST-IL D'ANQUETIL?


Anquetil est tout seul. Il a toujours été un grand solitaire. Moi je ne connaissais pas Anquetil avant hier et même aujourd'hui il m'importe peu puisque la course cycliste, le vélo et le tour de France je n'y connais rien.... Néanmoins, Sur les planches du Théâtre Monnot, il ne s'agissait plus de course cycliste ou d'Anquetil le champion, il s'agissait avant tout d'une pièce de théâtre magistralement mise en scène  par Roland Guenoun, remettant sur le devant de la scène les sombres méandres de l'âme humaine, surtout lorsqu'elle est toute dénudée sous les projecteurs de la célébrité.

Grâce à Josyane Boulos et ses 62 events, vous aurez peut-être la chance d'assister à un beau moment de théâtre. Matila Malliarakis, qui tient le rôle de Jacques Anquetil, tient également ses spectateurs en haleine durant plus d'une heure en restant sur son vélo quasiment tout le temps. 
Les personnages de la vie d'Anquetil joués par deux acteurs qui changent de rôles en un tour de main et de voix, Clémentine Lebocey et Stephan Olivie-Bisson, virevoltent autour d'Anquetil dans un jeu de panneaux et de lumières minimalistes mais intenses, une mise en scène interactive et intelligente.

Pour nous spectateurs libanais, Anquetil est peut-être une personnalité inconnue ou juste une personnalité du passé du milieu du 20eme siècle mais le propos n'est pas qu'autour d'Anquetil en tant qu'Anquetil mais aussi autour d'un champion, de la vie d'un champion, d'un homme champion duquel on s'attendait à être un superhéros, sans faiblesses, sans fautes, un homme qui a assumé toutes les fautes précisément sans tomber dans l'hypocrisie malgré le fait que tout champion qu'il était, le public ne l'aimait pas. 
Alors comment être ce qu'on est, ce qu'on doit devenir? comment être un champion?
Tant que questions traitées dans cette pièce. Il est clair que l'auteur de la pièce, Paul Fournel, avait une vraie fascination pour Anquetil l'homme et le champion. Ca ne veut pas dire que ne pas connaitre Anquetil est une raison de passer à côté de cette belle course du théâtre. Une vraie course aux sentiments humains et surhumains. 
Une course contre la montre de la mort, celle du théâtre, ou de la Francophonie dans un pays qui peine à attirer son public, le théâtre semble aujourd'hui un vestige du passé libanais. 
Du coup, il reste encore quelques jours pour profiter de ce beau moment. Francophones libanais, c'est au théâtre Monnot! 







vendredi 12 octobre 2018

LE SYNDROME DE LA PAGE BLANCHE


Allons allons, tout ce chamboulement pour une page blanche! Oui oui ça arrive le syndrome de la page blanche! Les auteur(e)s, les scénaristes, les journalistes, les attaché(e) de presse, les directeurs de campagne en souffrent tous et j'en passe. Moi-même je reste des fois des heures insatisfaite, frustrée devant ma page blanche que je reblanchis après quelques lignes dignes de la poubelle. Du moins à mes yeux.... Et puis je recommence... afin que le mot s'aligne, que la pensée s'éclaircisse et que le verbe s'affirme...

Mais que s'est-il donc passé avec Annahar?  Saperlipopette! La direction a du tellement en souffrir de la page blanche que ca a déteint sur tout le journal! 
Mais qui est donc le ou les rigolos qui leur ont assuré que ce sera un coup de maitre politique et littéraire?

Il est évident que pour la direction de Annahar, représentée par Nayla Tuéni, c'est une affaire délicate. Pour beaucoup de libanais, ce coup de pub vient d'une ancienne députée qui pendant neuf ans ne s'est presque quasiment jamais manifestée au séances parlementaires. La rue murmure: "c'est ridiculement inconscient de critiquer un état en place quel qu'il soit et de faire ce qu'elle a fait et surtout de s'en vanter devant les médias. D'accord ce gouvernement actuel ne tient en rien les centaines de promesses qu'il a faite mais Madame Tuéni elle-même a-t-elle tenu les promesses qu'elle avait faites au peuple libanais lorsqu'il a cru en elle en 2009?
Lorsqu'il a vu en elle, ah candide peuple libanais, la digne héritière de son père?"
Mais le peuple libanais murmure également tout l'inverse" Quel courage a-t-elle eu! Au point où on en est, le silence est la seule réponse possible à tout ce qui nous arrive." 

Annahar n'est pas journal à ne pas avoir quelque chose à dire et ce n'est pas avec un pauvre coup médiatique et marketing qu'il se sortira de la situation ou il s'est embourbé depuis plusieurs années. 

Annahar est un pilier du journalisme libanais, un supposé piédestal pour les voix libres et les tribunes incendiaires qui n'ont peur de rien.

Si Annahar se retrouve avec une page blanche c'est que vraiment, oui, le pays va au plus mal. Il ne peut aller plus mal que ça. 

Ce coup d'éclat plus blanc que blanc est aussi chimique que les produits de lessive qui se targuent de blanchir le plus noir de la noirceur. Et c'est triste. Car personne n'aime la page blanche. 

Peut-être les étudiants encore rebelles qui se positionnent en réactionnaires face à leurs professeurs et au lieu de rendre une copie, rendent une provocation.
Mais nous, auteurs, écrivains, journalistes, directeurs de campagne, attachés de presse et autre n'aimons pas, pour la majeure partie d'entre nous, la page blanche. 

La page blanche est une panne angoissante. Elle nous met en face à un potentiel échec de nous-même. Est-ce le sentiment que la direction de Annahar a eu? Qu'ils sont en échec et qu'ils entraînent les vestiges du Annahar avec elle?

Ont-ils  pensé que cette provocation d'écolier va faire réagir les autorités autrement que par des ricanements?

Nous ne sommes pas à l'école, ni à l'université ni dans un sit-in quelconque. Nous sommes dans un pays au bord de la ruine. Au bord de la faillite. Au bord du désespoir. Au bord du suicide, au bord de l'asphyxie, au bord de la terreur, au bord de la noyade. Nous sommes un pays qui mérite encore autre chose que la page blanche car quitte à mourir nous aimerions mourir dignement avec un dernier mot. Un dernière prière, une dernière revendication.

Allons allons, peut-être faudra-t-il maintenant rendre les rênes à qui saura mener ce carrosse de main ferme et délicate.  
Ca marche tout autant pour la direction de Annahar ou celle du pays ou celle des institutions. 

Notre plume est notre arme et nous les armes à blanc, ce n'est pas notre tasse de lait. Relève toi Annahar... et écris....















jeudi 11 octobre 2018

RANGER L'ÉTÉ



Si délicates les pétales de l'automne. On s'attend à ce qu'elles soient déjà jaunies, volantes au gré du vent frisquet. 
Et pourtant, elles sont là. Peut-être elles ne comprennent pas le changement climatique. Elles ne comprennent pas pourquoi le climat libanais change et commence peu à peu à ressembler à un climat légèrement tropical. 
Alors, aux premieres pluies, mon obsessionnel de mari a rangé l'été. C'est normal. Pour nous, on est habitués aux quatre saisons. Mais les saisons changent. 
On a rangé l'été et pourtant on dirait que c'est encore le printemps... On dirait que l'été va arriver et que le printemps chasse les derniers froids de l'hiver.
Nous ne le percevons pas encore, mais nos saisons évoluent. Doucement, imperceptiblement, entre crises de déchets et pollution intempestives, entre ignorance et indifférence. 

Je me demande des fois si mes roses muteront dans quelques années. pour devenir autre chose, si elles vont trouver un mécanisme de défense afin de ne pas périr. 
A la maison, nous cultivons nos fleurs naturellement. Ca nous fait plaisir de voir pousser des choses vertes sur notre petite terrasse. Les fleurs, les plantes, les herbes... ca crée beaucoup de sérénité. Ca régule les rythmes de la vie, ca ponctue les saisons. 
Cueillir des tomates cerises et des poivrons frais en les agrémentant de menthe, de basilique et de thym tout aussi frais est un plaisir incomparable. 
Pourrions nous faire ça encore longtemps?

En rangeant l'été, je me suis sentie vide. J'aime l'été. J'attends l'été. Sa chaleur me motive. Sa moiteur m'exalte. L'écume de la mer me donne envie d'en faire plus afin que la mer redevienne la mer. Que la terre redevienne la terre et que l'air redevienne l'air, purs, sains, amis, naturels.

Au revoir l'été... je t'attendrais avec impatience en essayant de faire de l'hiver, un moment aussi agréable que possible. 





lundi 8 octobre 2018

L'AMOUR AU TEMPS DE LA COLERE



Comment s'aimer ou apprendre à s'aimer sans avoir à se détacher de tout ce qui, au quotidien ne génère que colère, que deception, que malaise et mal-être?

Dans le Liban de 2018,  allumer des bougies n'est pas toujours un choix romantique. Parfois c'est un choix imposé, une evidence pour ne pas rester dans le noir.
Otages du désespoir, nous sommes incapables de réagir. Incapables d'illuminer la vie avec autre chose que quelques bougies, quelques sourires, quelques promesses rêveuses.

Pour notre anniversaire de mariage, nos noces de coton donc, mon mari et moi nous nous sommes retrouvés plongés dans le noir total. Coupure d'électricité, un village où les villageois ne se sont jamais entendus pour avoir un seul générateur commun et un générateur privé en panne.

J'appelle quand même EDL histoire de, et la très gentille opératrice me recommande de rendre cette soirée aussi romantique que possible. "Des bougies madame c'est parfait pour un anniversaire de mariage"
On a ri, on a raccroché puis, on a allumé des bougies partout, à rendre jaloux tous les personnages "d'amour gloire et beauté", "Dallas" et "Dynasty" tous réunis.
 

                     


Comme tous bons libanais on en fait le meilleur. On a mangé froid, bu notre champagne vite vite avant qu'il ne devienne tiède, on a profité de la brise automnale, on a relativisé et on a amadoué la colère. Celle de vivre dans un pays où tout est chaos. Tout est manipulation et corruption. Où ni l'état ni le peuple ne savent plus gérer, initier, gouverner, imposer.

Nous avons voté. Nous avons échoué. Dans quatre ans, il est probable que nous voterons encore une fois, pour les mêmes, tous bords compris, toutes tendances inclues, nos espoirs soldés sur le marché des désillusions.

Nous voulons aimer. Nous voulons vivre. Nous voulons faire des enfants. Nous voulons vivre dans la décence. Nous voulons voyager. Nous voulons économiser. Mais comment aimer au temps de la colère?

Une colère sourde. Silencieuse. Lorsqu'elle s'exprime, on ne l'entend pas.
Un peuple en colère. Nous sommes un peuple en colère mais sans plus de colère que ca.

Mon mari et moi on s'est réveillé sur un magnifique lever du soleil, dorant la montagne. On a dégusté notre café et on a décidé de continuer à construire ensemble au temps de l'action.

Il est temps d'agir. De tisser le coton et d'en faire les tissus de toutes nos envies.