lundi 22 octobre 2018

LE KLAXON SAUVE QUI PEUT


Je suis née en 1980.  Je suis donc, théoriquement, une enfant de la guerre civile. Vous imaginez ce qu'a du être notre enfance, trimballés de refuge en refuge, de ville en ville, de combats en cessez-le feu et j'en passe.
Et pourtant, jusqu'à il y a quelques jours, je croyais que, logiquement, ca devait être l'expérience la plus traumatisante de ma vie de libanaise.
Eh bien non! Désolée mon psy et ma thérapeute pour toutes les années de travail acharné afin de sonder les eaux troubles de mon âme, mais le traumatisme de l'enfant de guerre est très has been et s'est finalement réglé en quelques coups de klaxons...

Eh oui! 

Le plus grand traumatisme de ma vie de libanaise est en somme d'avoir été privée de mon klaxon pendant trois jours. Trois longs, fastidieux, interminables jours sans klaxon...

Oui... la vie peut être dure des fois. Comment se garer sans klaxon? Comment éviter qu'une voiture sortant d'une petite rue sans que le chauffeur ne regarde à droite et à gauche ne vous rentre dedans? Comment attirer l'attention d'un camionneur pris par son whatsapp qu'il vire dangereusement à gauche sur l'autoroute du Metn El Sari3 alors qu'on essaie de le doubler? Comment réveiller les conducteurs qui regardent Youtube alors que le feu est passé au vert? Ceux qui doublent à droite, ou ceux qui s'arrêtent sans mettre le clignotant? 
Comment faire signe au type qui entre en trombe en contresens dans les ruelles de Badaro?
Comment avertir les motards sans casques, les passants dans leurs téléphones, les bimbos en marche arrière, les tocards, les fous, les insensés, les imprudents?

J'avais oublié a quel point le klaxon au Liban est important. Plus important que les freins, que les rétroviseurs et la radio. Il est vital! Il nous protege contre tous ceux qui conduisent en pensant qu'ils sont dans un jeu vidéo. Il aussi indispensable que la ceinture de la sécurité.

Sinon comment se protéger contre les attaques par un pare choc dément ou une roue effrénée ou une portière mortelle ou n'importe quoi d'autre?

Durant ces trois jours j'ai eu les pires frayeurs de ma vie. Je n'ai jamais été aussi stressée au volant. J'avais l'impression de détourné une loi indéniable du code de la route alors que franchement l'utilisation du klaxon n'est pas ce qu'on apprend en premier.

Ce matin je me suis prise à penser que j'aime mon klaxon. son insupportable son est cher a mon coeur car je n'ai pas envie de mourir dans un accident de la route a cause de l'inconsciences des chauffards libanais.
C'est triste d'avoir parfois sa vie tenant a un fil par un klaxon. J'ai eu des sueurs froides et chaudes. J'ai migraines, des céphalées, des tachycardies et des crises d'anxiété. J'ai aussi développé un geste compulsif de klaxonner dans le vide. Bref, j'avais l'air d'une pauvre âme hystérique et affolée.
Le klaxon, nous ne sommes meme pas supposés l'utiliser que dans les cas extremes et inévitables. Et pourtant, pas un libanais ne klaxonne au moins une centaine de fois par jour. Ca fait beaucoup de klaxons multipliés par les habitants de ce pays en age de conduire. Ca fait beaucoup de pollution sonore, de stress, de nervosité mais la mort ne vaut pas mieux alors on klaxonne et on se dit pareil pour les déchets et la crise des déchets. On va en mourir mais pour l'instant on n'en meurt pas encore alors on va se convaincre que ca ira bien. Non ca n'ira pas bien. Un pays qui klaxonne encore si souvent est un pays qui n'est pas prêt a gérer aucune de ses crises, puisque le citoyen agit sans responsabilité et que l'Etat agit sans fermeté.

J'ai récupéré mon klaxon avec soulagement. Mais pas ma bonne humeur positive quant au respect du code de la route ou de la déontologie conductrice.
Mais bon, un klaxon c'est mieux que rien parce que mon chien lui ne remarque rien! C'est le pire des co pilotes. Je voudrais pouvoir l'emmener partout avec moi sans risques d'accident car lui, tout ce qu'il veut, c'est faire des promenades et respirer l'air (pas très) frais!











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